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 Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.

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Isaac Lawford
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MessageSujet: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Mer 26 Nov - 19:43

« L’instant vient, il s’enfuit. Les heures s’en vont, glissent,
Révolues en un souffle et muées en un soupir.
Mais chacune, en partant, immerge en ton esprit.
Afin qu’il y demeure
Un éternel présent. »

Hugo von Hoffmanstahl.







Mes appartements sont situés assez près de la bibliothèque. D’ordinaire, ce fascinant état des choses ne m’intéressait que dans la mesure où il me permettait de gagner rapidement un endroit où je passais, il faut bien le dire, une bonne partie de temps. Mais ce soir-là, ce fait s'apprêtait à revêtir un aspect nouveau : ma proximité avec la bibliothèque allait devenir partie intégrante de mon plan pour intercepter Miss Lavinia Black. C’était en effet l’endroit que j’avais jugé idéal pour lui tomber dessus à l’improviste : moins exposé que la salle des professeurs, et moralement plus convenable que ses propres appartements. Bien sûr, il y avait une petite difficulté : la bibliothécaire elle-même. Mais j’avais observé leurs déplacements, à Lavinia et à elle, ces derniers temps, et j’avais acquis la quasi certitude qu’elle ne serait pas présente à cette heure-ci, un vendredi soir. Comment cela était-il possible ? Je connaissais Miss Arrington depuis quelques années, maintenant, et j’avais bien compris qu’il n’y avait personne au monde à qui elle faisait suffisamment confiance pour lui laisser la garde  de ses précieux livres, personne… sauf Lavinia. J’avais déjà remarqué que ces deux là, depuis notre sortie à Pré-à-Lard, s’entendaient comme griffon et hippogriffe, et mon observation de leur comportement ces dernières semaines, ainsi que quelques discussions discrètement surprises au détour d’un couloir ou à la table des enseignants m’avaient conforté dans cette opinion : Lavinia était probablement l’unique être vivant que Miss Arrington serait prête à laisser seule dans « sa » bibliothèque. Je dis « vivant » parce que je soupçonnais qu’un certain ectoplasme eût droit aux mêmes faveurs. Mais passons.

Lavinia… Je poussai un soupir. Ce serait mentir que de prétendre que je n’avais pas repensé à elle depuis notre escapade dans la Forêt Interdite. Pour être plus exact, je devrais dire que j’avais pris soin de ne pas penser à elle. Oh, bien sûr, nous n’avions pas cessé de nous voir, le contraire eût été ridicule, pour deux confrères. Mais hormis les habituels « Bonjour Lavinia – Bonjour Isaac » échangés lorsque nous nous croisions, agrémentés de-ci de-là de passionnantes digressions sur la pluie et le beau temps, aucun de nous deux n’avait pris l’initiative de revenir vers l’autre. Ce qui était une bonne chose, je crois : je ne peux parler en son nom, mais, pour ma part, je sais que cette distanciation qui s’était opérée entre nos deux personnes avait été salutaire : elle m’avait permis de réfléchir à ce qui s’était passé dans la Forêt, à cette occasion où nous avions failli, comment dirai-je ? perdre le contrôle. J’en étais parvenu à la conclusion suivante (sans grand mérite, d’ailleurs, tant elle paraissait évidente) : Miss Black ne me laissait pas indifférent.

Ce sentiment était nouveau, pour moi ; cependant, je l’envisageais avec une certaine froideur. Il me fallait tout considérer, dans ce penchant que je semblais éprouver envers elle, les avantages comme les inconvénients. Lavinia était une Black, son sang valait le mien. Elle était jeune, belle, incroyablement belle, intelligente, forte, physiquement comme moralement … Elle n’avait rien de la sang pur conventionnelle et rangée qu’avait été ma mère. En bien ou en mal, c’était une femme remarquable.

D’un autre côté, le fait demeurait que je ne savais somme toute que très peu de choses à son sujet : elle était une Black, oui, ne semblait pas avoir d’écart de conduite particulier à se reprocher, mais encore ? Elle avait voyagé loin, très loin, et n’était pas du genre à se laisser dicter une conduite. Ca tombait bien, je ne l’étais pas non plus. Mais quand deux fortes personnalités se rencontraient, cela pouvait donner lieu à quelques frictions, j’en avais déjà fait le constat. Pour l’instant, Lavinia et moi nous appréciions, mais à mesure que nous en découvririons davantage l’un sur l’autre, qui nous disait que quelque déplaisant secret ne viendrait pas à être révélé ? Et puis, nous nous appréciions… Je le supposais, du moins. Moi qui étais d’ordinaire si habile à lire dans le cœur des hommes comme dans celui des femmes… mes impressions se troublaient, se voilaient, quand il s’agissait de lire dans celui de Lavinia. Ce qui était une indication en soi, et me faisais incliner à croire que cette… « sympathie » était réciproque. Mais le fait était qu'avec elle, seulement avec elle, je ne pouvais pas avoir de certitude. Ce qui m’obligeait à la considérer avec une certaine circonspection : face à une femme qui continuait à n’être qu’un point d’interrogation ambulant, alors même que j’avais déjà recueilli à son sujet une quantité d’informations qui m’aurait largement suffi à cerner n’importe qui d’autre, il était hors de question que je baisse à nouveau garde.

En outre, il me fallait également considérer une étonnante information qui m'était parvenue quelques jours seulement après notre promenade dans la forêt... Les élèves de 4ème année avaient eu un cours sur les épouvantards, et mon neveu Alan y avait pris part. La leçon s'était terminée de façon assez honteuse pour l'héritier de la maison Lawford, d'ailleurs... Celui-ci avait complètement perdu ses moyens quand il s'était retrouvé face à sa plus grande peur et s'était complètement écrasé. Je ne cacherai que l'échec de mon neveu m'avait laissé un goût amer dans la bouche, et je l'avais vertement tancé pour son incompétence et la honte qu'il avait apporté à notre famille. Toutefois, à quelque chose malheur avait été bon, car cette faiblesse - je l'espérais, passagère - d'Alan avait forcé Lavinia à s'interposer entre l'épouvantard et lui, révélant ainsi sa propre grande peur à toute la classe. Et là, l'étonnement avait été général : l'épouvantard de Lavinia s'était avéré n'être autre qu'un homme de haute taille, aux cheveux noirs et aux yeux verts (ce qui me rappelait curieusement quelqu'un), tenant dans ses bras un nouveau-né. Au bout d'un moment, ces deux figures s'étaient effondrées, aussi mortes que le cerf empaillé qui ornait le grand salon de Faery Court. Tous les élèves s'étaient accordés à dire que cette apparition avait été de loin la plus terrifiante de toute la séance, mais ce n'était pas là que résidait l'intérêt de la chose : non, tout ce que j'y voyais, c'était ce que cet épouvantard nous apprenait - ou plutôt, ne nous apprenait pas - sur Lavinia : pourquoi, par la barbe de Merlin, voyait-elle un homme et un nouveau-né périr sous ses yeux ? C'était assurément l'un des épouvantards les plus mystérieux dont j'eusse entendu parler...

Bien évidemment, je n'avais pas pu m'empêcher de repenser à l'excuse qu'elle m'avait sorti à Pré-au-Lard, à ces histoires d'avortement... Mon enquête avait confirmé le caractère affabulatoire des cette explication, mais la coïncidence était trop évidente pour que je ne la visse pas. Par conséquent, une graine de soupçon avait de nouveau germé en mon esprit : et s'il y avait plus de vérité que je ne l'aurais cru dans ces propos ? En même temps, si vraiment Lavinia avait été confrontée à un tel, euh... souci... je doutais qu'elle m'en eût parlé : ce n'est pas le genre de sujets que l'on aborde avec un quasi-inconnu... Je ne savais trop que faire de tout cela, à vrai dire, et n'avais pas encore décidé de la marche à suivre. Je préférais m'accorder un temps de réflexion avant d'envoyer, éventuellement, un nouveau hibou à Jefferson afin de lui demander d'approfondir son enquête. Mais le fait demeurait que la découverte de son avatar avait rendu Lavinia encore plus mystérieuse à mes yeux : cela me faisait un secret de plus à percer à jour. Cette femme était décidemment... déconcertante. Je ne savais pas quoi penser d'elle, ni quoi penser de ce qui passait autour d'elle. Aussi étais-je fermement décidé à maintenir la plus grande prudence à son égard.

Cette prudence, j’avais cependant décidé de la mettre entre parenthèses un moment pour mener à bien une tâche qui m’avait été dictée par la récente évolution des évènements… Cela faisait plusieurs mois, maintenant, que j’avais commencé à guider mon neveu, Mr Fawkes, Mr Vesago et quelques autres sur les chemins des Arts Sombres, et il se trouvait que leur apprentissage progressait vite, très vite, même, plus que je ne m’y serais attendu. Par conséquent, il me fallait sans arrêt trouver de la nouvelle matière à fournir à leurs esprits curieux, particulièrement Mr Fawkes, qui se montrait assoiffé de nouvelles connaissances. Toutefois, les livres sur la Magie Noire qui étaient cachés dans ma malle invisible étaient d’un niveau un peu trop élevé pour des novices comme eux. Nous y viendrions plus tard, mais pour l’heure, je souhaitais les en tenir à des choses moins… osées. Il ne s’agissait pas de les dégoûter du sujet quelques semaines après qu’ils aient commencé à s’y intéresser.

Et c’est là que j’avais de nouveau songé à notre sortie à Pré-au-Lard, à Lavinia, Miss Arrington et moi (j’y pensais assez souvent, à vrai dire…), et, plus particulièrement, à ce mystérieux livre dont elle avait fait l’acquisition à cette occasion et dont nous avions brièvement reparlé dans la Forêt Interdite. Elle m’avait pratiquement avoué qu’il avait trait aux Arts Sombres. En même temps, je doutais que ce fût quelque chose d’aussi poussé qu’un Malificus Nihilus. Non, il s’agissait certainement d’un ouvrage théorique, et c'était ce qui le rendait précieux : je pourrais peut-être l’emprunter et en recopier des passages susceptibles d’intéresser mes étudiants. Et s’il s’avérait que ce livre était effectivement assez avancé… ma foi, j’en aurais, pour ma part, toujours l’usage, et l’information serait encore plus intéressante, car fort révélatrice des véritables connaissances de Lavinia. J’étais gagnant dans tous les cas. A moins, bien sûr, qu’elle refuse de me le montrer, mais n’avait-elle pas fait une promesse ? Si elle était une vraie Black, alors son honneur la contraindrait à s’y tenir. Dans le cas contraire… dans le cas contraire, je ne me cachais pas que ma déception serait grande, mais au moins, cela aurait le mérite de clarifier nos relations.

Aussi, après avoir pris soin de fermer magiquement la porte de ma chambre (la tentative d’effraction de Mr Jenkins trois ans plus tôt n’était pas sortie de ma mémoire), je pris à gauche dans le couloir et, deux virages plus tard, arrivai à la bibliothèque. Comme à chaque fois que j’y pénétrais, je marquai une pause pour observer avec révérence les majestueuses étagères remplies de superbes grimoires qui s’étalaient à perte de vue. De tous les endroits de Poudlard, la bibliothèque était celui que j’aimais le plus. On pouvait y respirer l’Histoire – avec un grand « H » - à pleins poumons. Je m’y sentais dans mon élément.

Passé cet instant de recueillement, cependant, je repris mes esprits et m’avançai à travers les galeries à la recherche de Lavinia. J’espérais la trouver dans la Réserve, mais je ne pouvais être certain de sa position exacte.

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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Jeu 27 Nov - 13:08

Je me baladais dans la bibliothèque, flânant entre les étagères, saisissant de temps à autre un livre pour le feuilleter. La bibliothèque était vide à cette heure là. J’avais prévenue Isobel que je resterai un peu plus longtemps et que je me chargerai de verrouiller la pièce. Je me demandais avec amusement si elle allait tenir cette fois. Elle me faisait confiance pour rester seule à veiller sur ses précieux livres… Mais souvent elle revenait en trombe pour tout observer, ranger et fermer elle-même. Ce n’était pas un manque de confiance, juste une habitude dont elle ne pouvait se défaire. Son comportement envers les livres était proche de celui d’une mère avec ses enfants. C’était déconcertant pour certains, mais moi je trouvais cela juste touchant.

Je caressai le dos des livres en parcourant une allée. Mes doigts d’arrêtèrent sur un livre au titre étonnant, dont l’encre noire ressortait sur la couverture rouge : « Mon corps, mon cousin, mon livre ». J’entrepris d’en lire quelques pages pour découvrir quelle histoire se cachait derrière un tel titre. Au début, je restai perplexe, ne m’attendant pas du tout à lire de telles… choses. Au bout de quelques lignes supplémentaires je rougis violemment, car plus aucun doute ne pouvait être accordé à cet ouvrage. Un rire gêné m’échappa. Est-ce qu’Isobel savait qu’un tel bouquin se cachait dans ses rayons ? Sans doute pas… Décidemment, j’excellai dans l’art de déceler des livres improbables. Sous l’impulsion de la curiosité, je m’assis sur un fauteuil et je poursuivis ma lecture.

Mon trouble augmenta et je me mis à jouer avec mes cheveux par nervosité. Décidemment, je ne pourrais remettre un tel livre dans la bibliothèque de Poudlard. Il faudrait que je le montre à Isobel. J’eus un rire digne d’une adolescente en m’imaginant discuter de tout cela avec mon amie. Un sujet délicat, assurément. Distraitement, je me mis à tresser mes cheveux. Tout à l’heure, j’étais retournée dans ma chambre après le repas avant de venir ici. Prise d’une envie soudaine, je m’étais fait pousser les cheveux d’un coup de baguette magique et je me retrouvais avec une belle cascade de cheveux noirs s’arrêtant un peu plus bas que mes épaules. Ce changement me troublait. Je me trouvais jolie ainsi, là n’était pas la question, mais cela me renvoyait dans le passé. Avant la mort d’Alexander. Enfant, j’avais eu les cheveux courts ou longs en fonction des saisons, de mes envies, de celles de ma mère. Une fois adulte, je les avais toujours portés longs, les attachant négligemment la plupart du temps. Ce n’est qu’après l’incident que je m’étais coupée les cheveux, au début de mon séjour à l’hôpital. J’avais oublié la sensation des mèches rebelles sur mon cou et de vieux souvenirs me revenaient, comme s’ils étaient tout près de moi, guettant la moindre occasion de s'imposer à moi.

Avec dextérité grâce à mes doigts entraînés, je finis bien vite ma tresse. La laissant retomber sur mon épaule, je frôlai ma joue avec anxiété. Le protagoniste du roman venait de tomber dans son jardin et de s’écorcher le visage. Il était tombé dans la boue et... Je me refusais à formuler la suite des évènements en pensées. Avec un sourire amusé, je cessai ma lecture pour me concentrer sur ma propre blessure. Ma brûlure. Elle datait depuis plusieurs jours maintenant. Depuis mon duel imprévu avec Aeris. J’avais refusé catégoriquement de me faire soigner. Je refusais toujours d’ailleurs… Les premiers jours, j’avais pensé que cela guérirait seul. Je cachais ma blessure à l’aide d’un sortilège de métamorphose temporaire. Les autres ne la voyaient pas, mais tous les soirs le sort perdait son effet. Et la brûlure n’évoluait pas. Pire, elle devenait toujours plus rouge. Maintenant je me retrouvais avec une trace écarlate sur la joue droite. Je craignais le jour où mon sort resterait sans effet. Je n’avais pas honte de mes blessures, mais je ne pouvais offrir un tel visage à mes élèves ou à mes collègues. Sans être défigurante ou repoussante (elle n’était même pas infectée, ni sanglante), cette marque couleur sang était troublante. Elle ressemblait à une marque guerrière que certains étrangers se font pendant d’étranges rituels. Etranger et étrange. J’avais presque envie d’aborder fièrement cette marque, mais je craignais malgré tout le regard des autres.

Cette blessure m’inquiétait toutefois. Non par son aspect, mais par sa constance et la douleur qu’elle m’infligeait. Je ressentais régulièrement des vagues brûlantes de souffrance me parcourir la joue. Résultant d’un sortilège raté, enfin mal formulé et raté, j’avais le sentiment que je n’aurais pas du prendre tout cela à la légère. Mais au fond de moi, je n’avais pas envie de reconnaître que je pouvais avoir besoin d’aide. Et pour le moment, je ne subissais rien d’insupportable. Chaque soir j’enduisais ma joue de la pommade orange horrible qui soigne les brûlures. Le matin, le feu était apaisé. Mais il revenait inlassablement au cours de la journée. J’avais déjà envisagé de garder la substance au cours d’une journée complète, mais il était impensable que je me balade avec cette horreur sur le visage. J’essayerai peut-être demain ou après-demain. En restant enfermée dans ma chambre.

J’étais sûre que la brûlure était redevenue visible à cette heure là. Je la caressai doucement pour essayer de chasser les frissons brûlants qui la parcouraient. C’était inefficace. Je me remis à lire ce que j’avais déniché. A défaut d’être intelligent, cela m’aidait à me concentrer sur autre chose.
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Isaac Lawford
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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Ven 28 Nov - 19:48






Je commençais à me demander si je n’avais pas commis une erreur de jugement : cela faisait plusieurs minutes que je parcourais la bibliothèque sans avoir trouvé celle que je cherchais. J’avais déjà fait les allées de l’Histoire, des Sortilèges, et étais maintenant dans la deuxième allée de l’Astronomie sans avoir aperçu le moindre indice de la présence de Lavinia. Cet endroit était tellement grand, en même temps… J’étais loin d’en avoir fait le tour, et si en plus elle se déplaçait également, je pourrais tourner des heures sans la repérer.

Parvenu au croisement des sections Astronomie, Astrologie et Naturalisme Magique, je me demandai quelle direction adopter, quand un son aussi soudain qu’inattendu me révéla enfin sa position : un éclat de rire, bref et étouffé, mais distinct, retentit à quelques allées de celle où je me trouvais. A cette heure-ci, il ne pouvait émaner que de trois personnes : Miss Arrington, Lavinia… ou un cambrioleur. Dans la mesure où notre chère bibliothécaire n’avait pas vraiment la réputation d’être prise de fous rires au milieu de ses livres (ni où que ce soit d’autre, soit dit en passant) et où la présence d’un intrus à Poudlard me semblait une supposition pour le moins hasardeuse, j’en parvins à la conclusion qu’il devait s’agir de nul autre que mon estimée consœur. Je bifurquai donc vers l’endroit d’où il m’avait semblé que provenait le rire et finis, au détour d’une étagère, par apercevoir Lavinia assise dans un fauteuil, en train de lire un livre. Je m’arrêtai brusquement et, sans faire le moindre bruit, restai un moment sous le couvert de mes rayonnages le temps de procéder à quelques observations et de réfléchir à la meilleure façon de l’aborder.

Il aurait fallu être aveugle, ivre, idiot ou les trois à la fois pour ne pas remarquer les changements physiques qui étaient intervenus sur sa personne. Il y en avait deux : l’un, sa nouvelle coupe de cheveux, était fort seyant et ne la rendait pas plus belle que d’ordinaire, mais lui conférait un nouveau type de beauté, plus sauvage, moins strict ; l’autre changement... l’autre changement ne la défigurait pas - rien n’aurait pu l’enlaidir, de toute façon - mais était plus… inattendu. Il s’agissait d’une impressionnante marque de brûlure écarlate située sur la joue droite et dont je ne céderai pas à la facilité en disant qu’elle se voyait comme le nez au milieu de la figure. Je la regardai avec étonnement. A quoi pouvait-elle bien être due ? On aurait dit que la blessure n’était pas de première fraîcheur. Lavinia devait la dissimuler quand elle était en public, ce qui expliquait que je n’eusse rien remarquée jusqu’à présent, mais maintenant qu’elle se croyait seule, elle avait probablement relâché se vigilance. En tout cas, si la plaie n’avait pas encore été soignée, cela signifiait qu’elle était probablement due à la magie. Ce qui ne faisait que renforcer le mystère autour de ses origines. J’avais beau me creuser la tête, je ne voyais pas en quelles circonstances Miss Black pourrait ainsi avoir été brûlée au visage. Pas contre les kelpies, en tout cas, ni pendant l’un de ses cours, un tel accident serait remonté jusqu’à moi… Comment, alors ? Cela cachait quelque chose… Décidemment, à chaque fois que je croyais percer un secret de Lavinia, deux autres prenaient aussitôt sa place. Ce petit jeu allait-il durer longtemps ?

Elle porta brusquement la main à sa blessure  et la caressa doucement, comme sous l’effet d’un élancement soudain. Son visage laissa transparaître, l’espace d’un instant, une expression de souffrance. Curieux. Que la blessure mît un certain à guérir était une chose. Mais je ne doutais pas que Miss Lecter fût parfaitement capable d’approvisionner Lavinia en baumes apaisants. Etait-il possible qu’elle les eût refusés ? Mais pour quel motif, alors ? Cela me dépassait, je dois bien le reconnaître.

Quant au livre dans lequel elle était plongée, il m’était impossible d’en apercevoir le titre ou même la couverture, mais il semblait passionnant, tant l’intérêt que semblait lui trouver Lavinia se lisait sur son visage. Sans doute quelque traité sur l’art de repousser les Détraqueurs ou bien sur le meilleur moyen de survivre à l’assaut d’une manticore. Sa conscience professionnelle était admirable, quoique mal placée. Mais je n’avais ni l’espoir, ni l’envie, de la gagner à la cause du Plus Grand Bien. D’une certaine façon, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle était… au-dessus de tout ça, comme… éloignée de ces préoccupations. Elle avait ses propres démons, et aucune envie que d’autres personnes viennent la tourmenter avec les leurs. Chose que je respectais, surtout de la part d’une Black.

Mais il était temps de passer à l’action : j’aurais pu rester ainsi des heures à l’observer sans que cela m’apprenne quoi que ce soit. Il y avait un temps pour chaque chose, et le moment était venu de prendre une initiative. Le tout était de ne pas la brusquer. Pour cela, je commençai par reculer de quelques pas, afin d’être certain qu’elle ne devinât pas que j’étais là depuis un moment, puis je déplaçais légèrement une pile d’ouvrages consacrés à la poésie Ingoflrienne et son influence sur la littérature magique au XIXème siècle. Le léger bruit qui résulta de cette action suffirait à l’alerter d’une présence étrangère sans pour autant l’alarmer outre mesure. Je n’avais aucune envie de me prendre un maléfice de chauve-souris sous prétexte que mademoiselle était trop nerveuse. Enfin, j’affichai un sourire discret mais chaleureux sur mes lèvres, sortis de ma cachette et m’avançai vers Lavinia comme si nous nous étions inopinément croisés lors d’une promenade dans un parc.

- Bonsoir, Lavinia, dis-je d’une voix douce, fidèle à mon habitude de faire comme si de rien n’était. Quelle plaisante surprise. J’espère ne pas vous déranger, mais… j’étais à la recherche de Mlle Arrington quand je vous ai entendu rire et… ma foi, ma curiosité l’a emporté. Je sus venu voir de quoi il s’aggssait… Comment allez-vous ? Votre lecture semble des plus passionnantes…

Je la regardais d’un air encourageant, attendant sa réponse et, surtout, espérant qu’elle ne dirait pas de déguerpir sur le champ. J’en doutais, la connaissant, mais on ne pouvait jamais être sûr de rien…

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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Sam 6 Déc - 13:36

Le protagoniste se débarrassa de toute la boue qui recouvrait son corps lors d’une douche des plus particulières. Ce livre n’avait décidemment pas sa place dans cette bibliothèque. Je me demandais si le livre magique de l’histoire, « le vilain petit canard », qui récitait sans cesse des passages d’un étrange récit pour enfants, était une invention de l’auteur ou un véritable artefact du monde des sorciers. Dans ce cas, je n’avais vraiment aucune envie de croiser un ouvrage si… particulier. J’étais tellement troublée par ma lecture que je ne fis pas le moins du monde attention aux bruits annonçant l’arrivée d’Isaac. Du coup, je sursautai brutalement au son de sa voix. Je me levai instantanément et mon livre tomba avec un bruit sourd sur le sol.

- Isaac !...

Je rougis intensément et défit rapidement ma tresse, laissant mes cheveux libres tout autour de mon visage. Je fis en sorte de placer une grosse mèche devant ma brûlure. Je n’espérai pas qu’il ne l’ait pas remarquée, mais seulement qu’il ne m’interroge pas à ce sujet une fois la blessure dérobée à sa vue. Je ramassai mon livre avant qu’il ne lui vienne l’idée de le faire pour moi. Des plus passionnantes… C’était une façon de voir les choses. J’enserrai mon livre de mes bras pour cacher tous les caractères du titre.

- Je vais bien.

Une décharge brûlante traversa ma joue à cet instant.

- Tout va pour le mieux, murmurai-je à nouveau, pour me convaincre moi-même.

J’adressai un sourire avenant à Isaac. C’était la première fois que nous nous retrouvions seul à seule depuis notre escapade dans la forêt. Depuis, nous n’avions fait que nous croiser dans des couloirs et échanger quelques banalités d’usages. Je ne savais toujours pas ce que je désirai, et j’étais resté passive, ne cherchant ni à le fuir, ni à lui parler plus que nécessaire. Mais je devais avouer que cette rencontre me plaisait. Son caractère imprévu ne la rendait que plus savoureuse, ne me sentant pas coupable d’une quelconque orchestration de nos relations. Toutefois, j’aurais préféré qu’il me voie coiffée, sans brûlure et tenant un livre plus intelligent entre mes mains.

- Vous cherchiez Mlle Arrington ? m’enquis-je. Elle n’est pas là pour le moment, mais la connaissant elle passera surement pour fermer la bibliothèque et faire un ultime tour entre ses précieux ouvrages. Mais je peux aller la chercher maintenant pour vous, si vous le désirez.

J’esquissai un pas dans la direction de la sortie. Je ne sais pas ce que je voulais. Rester seule avec lui ? Que mon amie soit près de moi ? Échapper à sa présence ? Qu’il me retienne peut-être… Ce serait son choix alors. Ce serait plus simple… Et flatteur également.
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Isaac Lawford
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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Sam 6 Déc - 20:02





Le sursaut qui anima Lavinia quand je pris la parole m’indiqua que mes précautions avaient été vaines : elle ne m’avait pas entendu arriver. Dommage, j’avais voulu éviter de la mettre mal à l’aise dès le début. Cependant, le rougissement qui envahit son visage quand elle me vit débarquer était positivement charmant, ce qui compensait en partie l’échec de mes intentions, et elle ne parut en outre pas mécontente de me voir. Je vis surtout de la surprise dans son attitude, de la surprise et de la gêne. Le soin qu’elle mit à dissimuler, à la fois sa blessure et le livre qu’elle était en train était assez amusant à observer, d’autant que j’y vis davantage une réaction naturelle qu’un comportement défensif. Finalement, peut-être allais-je pouvoir tourner cette situation à mon avantage… Le tout serait de ne pas brusquer Lavinia, car ainsi surprise en position de faiblesse, elle aurait tôt fait de se replier sur elle-même. Mais le plaisant sourire qu’elle m’adressa m’apparut comme un signe plutôt encourageant. Au moins mon apparition n’entrainait-elle pas de réflexe répulsif.

En réponse à ma question, elle m’assura se porter le mieux du monde. Je voyais bien que sa réplique était purement diplomatique, d’autant qu’un éclair de douleur lui traversa très brièvement le visage. Mon rôle n’était cependant pas de la contredire à tout bout de champ, mais bien d’abonder en son sens, quoiqu’elle dise. C’était autant une exigence d’homme du monde que d’espion. Ces occurrences où mon éducation rejoignait ma vocation profonde m’avaient d’ailleurs toujours beaucoup plu. J’y voyais tout à la fois un juste retour des choses et une occasion de mentir en déployant un raffinement tout particulier. Et tromper les gens était une chose que j’appréciais tout particulièrement…

Il y avait un grand nombre d’éléments qui se conjuguaient pour m’amener à apprécier à Lavinia, et l’un d’entre eux était le fait qu’elle appartenait au même monde que moi : il était trop tôt pour dire si nos opinions politiques, idéologiques, philosophiques… étaient convergentes, mais, que ce fût le cas ou pas, quelque-chose nous unissait, quelque chose qui coulait dans notre sang, dans notre éducation : ce quelque-chose, c’était cette compréhension instinctive et mutuelle de nos manières, de nos façons d’être : nous étions tous deux des personnes discrètes, réservées, froides, polies, peu enclines à révéler à nos sentiments… et nous savions pourquoi. Nous savions que cela tenait au fait que nous sortions du même moule. Quelles que fussent nos différences par ailleurs, nous avions, nous aurions toujours, ce trait commun qui était celui de la noblesse (au sens social du terme) dont nous étions issus.

Mais voilà que Lavinia faisait mine de se diriger vers la sortie pour aller chercher Miss Arrington. Je fis un pas dans sa direction. Certains se seraient peut-être laissés aller jusqu’à saisir son bras pour la retenir, à vrai dire, peut-être l’aurais-je fait si j’avais été sous le coup d’une émotion semblable à celle qui m’avait étreint dans la forêt, mais entretemps, plusieurs semaines s’était écoulées et j’avais eu le temps de reprendre mes esprits. La décence m’interdisait un tel geste, et puis je considérais qu’il n’avait rien de… nécessaire. Mes paroles, bien plus que mes actes, allaient montrer la, hum… l’estime… dans laquelle je la tenais. Si elle ne l’avait pas déjà comprise, s’entend… Mon mouvement eut pour effet de nous immobiliser tous les deux : nous nous tînmes ainsi, si près l’un de l’autre que nous n’avions qu’à tendre le bras pour nous toucher, mais sans que j’y visse, pour ma part en tout cas, quoique ce fût d’inconvenant. Ce n’est pas comme si nos deux personnes n’avaient pas déjà été encore plus proches, de toute façon…

- Oh, ne vous donnez pas cette peine, dis-je d’un ton affable. C’est très gentil de votre part, mais je saurai bien la trouver moi-même. Je ne voudrais pas vous déranger. Mais… Je fis une pause, comme pour marquer une hésitation. En réalité, je savais parfaitement ce que j’allais dire et où je voulais en venir. Avez-vous quelque-chose de particulier à faire, ce soir, ou… enfin… j’espère que vous ne me trouverez pas, euh… cavalier, mais… puisque nous nous rencontrons ici, dans la bibliothèque… je me demandais si vous… si vous ne vouliez pas que nous restions bavarder un peu… Nous n’avons jamais eu l’occasion de poursuivre notre conversation dans la Forêt, après tout…

Peut-être un peu trop d’hésitation dans ma voix, me dis-je avec une pointe de reproche. N’allait-elle pas me prendre pour un collégien maladroit, si je tergiversais ainsi ? En même temps, je ne pouvais guère faire autrement : le choix était sien, je n’allais pas la forcer.

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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Mer 24 Déc - 11:04

A l’instant même où Isaac s’approcha de moi, je me figeai. Je n’osai repartir en direction de la sortie, ni même bouger. J’étais pétrifiée par sa présence. Par ses gestes si mesurés, si décents, il arrivait à provoquer un trouble en moi bien supérieur que à celui qu’une entreprise de séduction plus cavalière m’aurait inspiré. En premier lieu, parce que je n’arrivais pas toujours à décrypter ce qui se cachait derrière ses actes, et que je rechignais à leur donner un double sens de peur de me tromper. De peur d’avoir raison aussi.

Isaac était séduisant. Physiquement j’étais attirée par lui, mais comme une jeune fille. Comme une adolescente. Cette attirance là, je la maîtrisais. Mais cela n’empêchait en rien mes sens de s’aiguiser en sa présence, de m’enivrer de détails. A ce trouble s’ajoutait celui de mon cœur. Entre regard vert et vie mystérieuse, je restais fascinée, malgré tous mes efforts pour me raisonner. Mais je crois que j’appréciais aussi tout simplement son érudition, sa prévenance, ses paradoxes… On ne devrait pas aimer ce qu’on ne connaît pas. On ne devrait pas. Quoi qu’il en soit, subir ces troubles physiques et émotionnels, et en plus mes interrogations sans fin, cela ne m’aidait en rien à rester lucide en sa présence. Et je détestais perdre la maîtrise de moi-même. Même partiellement.

Je fronçai légèrement les sourcils devant sa tirade entrecoupée d’hésitations. Il prenait tant de précautions pour me demander tout simplement de rester pour profiter de cette occasion pour converser seuls à seuls. Seuls à seuls ? La conversation que nous avions eue dans la Forêt ? Je compris soudain pourquoi il prenait des pincettes. C’était porteur à confusion assurément. Il me demandait tout de même de rester seule avec lui, tard, dans une pièce vide. Je rougis. C’est étonnant de constater à quel point la façon de formuler certaines choses pouvait leur donner des significations troublantes. Un instant je laissais mon esprit divaguer sur ce qu’il entendait par « conversation dans la Forêt »… Plusieurs échanges étaient restés inachevés, et ils n’étaient pas tous constitués de mots. Je repoussai avec force ce souvenir. Mais j’étais sûre que pendant un instant, mes pensées s’étaient lues sur mon visage aussi aisément que si elles y avaient été écrites. Une certaine rougeur, un regard insistant. Ou peut-être étais-je restée muette un instant de trop, la bouche légèrement entrouverte. Quoi qu’il en soit, je ne pu m’empêcher de reculer, certaine de m’être trahie. Je serrai plus fort le livre contre moi. Comme s’il allait me protéger, comme s’il allait servir de bouclier entre mes émotions et Isaac.

- Je n’ai rien à faire qui ne puisse être reporté à un autre jour, lui dis-je avec amabilité.

S’il n’avait pas été là je me serais occupée, comme tous les soirs, mais je n’avais aucune obligation. Je savourai la tournure de ma phrase qui lui rappelait que je n’étais pas désœuvrée sans lui et que je restai en sa présence parce que je le voulais bien. Je décidai de ne plus me torturer quant à savoir le thème de la conversation qu’il voulait avoir. Etait-ce au sujet du club de duel ? De nos aventures passées ? Des Sombrals ? Du livre peut-être ? Ou encore d’un geste à peine esquissé… Sans doute pas ce dernier point. Cela aurait été plus que gênant. Je lui posai donc la question.

- Nous avons abordé de nombreux sujets ce soir-là. A propos de quoi voudriez-vous que nous parlions ?

L’hypothèse la plus probable restait celle du livre. J’avais fait quelques recherches depuis notre discussion. Je n’avais rien trouvé de convainquant. Rien qui ne m’aide à déchiffrer les symboles dans lesquels étaient rédigés la plupart des textes. Mais je n’avais pas encore eu le temps de fouiller dans la Réserve. Certains livres sur les codes et les langages secrets que m’avait indiqués Isobel, mentionnait des alphabets dont la description aurait pu correspondre avec celui que je recherchais. Mais ils étaient tout juste évoqués, les auteurs se refusant à les inclure dans leurs écrits. En effet, ils avaient été pour la plupart utilisés par certains mages noirs ou sectes magiques aux penchants condamnables. Souvent, ces sorciers employaient un double cryptage avec l’emploi de termes innocents pour désigner des sorts, des actions répréhensibles, ou encore des termes nécessaires à la compréhension du texte. J’aurais donc besoin des livres de la Réserve. Le défi intellectuel s’annonçait stimulant. J’avais envie de poursuivre ces recherches, mais je pense que je les avais délaissées en espérant au fond de moi qu’Isaac viendrait pour participer à cette entreprise. Je le fixai maintenant avec un intérêt poli, attendant de savoir ce qu’il en était.
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Isaac Lawford
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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Mer 24 Déc - 11:07




Ma proposition sembla provoquer en Lavinia un mélange de surprise, de circonspection et de contentement. Elle accepta, mais non sans marquer un temps d’hésitation qui ne m’échappa pas et dans lequel je lus tous ces sentiments à la fois. La seule chose que je trouvais un tant soit peu rassurante, dans notre relation, c’est que je n’étais pas le seul à éprouver un certain trouble, pour ne pas dire un certain désarroi, quant à mes émotions. Plus le temps passait, plus je me persuadais, peut-être un peu présomptueusement, que Lavinia ne savait pas non plus quoi penser des siennes. Cette réciprocité était étrangement… satisfaisante. Elle laissait une impression de justice sans doute assez puérile, mais néanmoins plaisante.

De quoi voulais-je lui parler ? me demanda-t-elle. Excellente question… J’étais entré dans la bibliothèque avec une idée précise en tête, mais… maintenant que je me retrouvai ainsi seul en face de Lavinia, ce satané bouquin semblait perdre de son importance. J’étais bien tenté de lui répondre « de tout et de rien », mais c’eût été stupide. Et j’étais à peu près sûr que la stupidité n’était pas une chose qu’elle attendait de moi. De la concentration, professeur Lawford, avant tout, de la concentration. S’en tenir à l’objectif et ne penser à rien d’autre. Je ne m’en sortirais jamais, sinon. Et pourtant, des sujets de conversation que j’avais envie d’aborder avec elle, ce n’était pas cela qui manquait… Mais justement, si je me laissais entraîner par toutes ces distractions, je n’avancerais jamais. Pas dans ma mission, en tout cas.

- Hum…  commençai-je d’un ton délicat, au vu des, euh… des évènements qui s’en sont suivis, j’ignore si vous vous en souvenez, mais quand nous nous trouvions dans la forêt, nous avons évoqué le sujet du… livre… que vous aviez acheté lors de notre sortie à Pré-au-Lard avec Miss Arrington. Vous m’aviez également avoué avoir un peu de mal à en déchiffrer certains passages codés. Nous avions convenu que, si vous le souhaitiez, j’y jette moi-même un coup d’œil dans l’espoir de pouvoir vous aider. Je ne sais pas si cette offre est toujours d’actualité ; le cas échéant, il va de soi que je serai ravi de vous prêter assistance, comme toujours. Je ne vois pas pourquoi ni comment je pourrais faire mieux que vous, mais en nous y mettant à deux, peut-être parviendrons-nous à quelque-chose de plus satisfaisant : j’ai pu observer que le travail d’équipe produit souvent des résultats… surprenants.

Surprenants… oui, c’était le terme. Quand il s’agissait d’aborder la question du travail d’équipe, je ne pouvais m’empêcher de penser systématiquement à l’épisode, de nombreuses années auparavant, où Grindelwald m’avait envoyé « convertir » un haut responsable du ministère de la magie du Liechtenstein en compagnie d’Armin Edelstein et que la conversation avait tourné court quand ledit haut responsable avait reconnu en mon compagnon l’ancien amant de sa femme, nous forçant à fuir sa demeure sous le feu des sortilèges de stupéfixion. Oui, cela avait incontestablement été très surprenant. A compter de ce jour, j’avais décidé de travailler en solitaire aussi souvent que possible, d’une part, et de ne jamais aller visiter un mari cocu en compagnie d’un coureur de jupons, d’autre part. Deux leçons essentielles dans ma vie, même si la seconde était incontestablement celle qui m’avait le plus servi par la suite…  

Dans tous les cas, je n’aurais été qu’à moitié surpris que Lavinia m’oppose un refus, pour être franc : plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis que nous en avions parlé, lui laissant largement le temps de revenir sur sa décision, et je devais bien reconnaître que la pente sur laquelle je nous plaçais était périlleuse, pour elle comme pour moi ; surtout pour moi, cependant, je crois pouvoir le dire, car Lavinia, pour ce que j’en savais, ne courait pas le risque d’être envoyé à Azkaban pour espionnage et haute trahison si son intérêt pour les Arts Sombres venait à être découvert. Cependant, je la tenais également pour une femme d’honneur… et puis, si mon impression était juste… il n’y avait pas de raison qu’elle cherche à fuir ma présence. Mieux valait rendre les choses moins abruptes, cependant :

- Mais bien sûr, je ne fais que suggérer l’idée, précisai-je dans un souci de prudence. Libre à vous d’accepter ou de refuser, je comprendrai dans les deux cas ; après tout, ce genre de sujets est toujours… délicat, n’est-ce pas ? Sachez simplement que, ainsi que je l’ai dit dans la forêt, je ne m’en formaliserai pas, pour ma part.

Je m’étais tenu très droit, pendant cette tirade, les talons collés l’un à l’autre, presqu’au garde-à-vous. Dans cette position, c’est donc tout naturellement, sans même me poser de question, que je conclus mes paroles en m’inclinant avec une raideur presque militaire devant Lavinia. Le geste avait été parfaitement spontané, mais, alors que je me tenais ainsi, la nuque exposé à son regard et jouissant, de mon côté, d’une remarquable vue sur ses chaussures, je ne pus m’empêcher de me demander ce qu’elle allait en penser. D’un côté, vu le milieu dont elle était issue, sans doute trouverait-elle cette marque de galanterie normale… de l’autre, considérant le fait qu’elle avait bourlingué dans les contrées les moins recommandables de la planète, je ne pouvais pas exclure qu’elle considérât qu’en faisais un peu trop. Enfin, songeai-je avec une pointe d’ironie, s’il faut que je sois victime de quelque-chose, autant que ce soit de mon éducation.

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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Sam 27 Déc - 19:51

Je fixai avec stupeur Isaac incliné devant moi. Je ne m’étais pas attendue à ce qu’il conclut sa proposition par un tel geste, et pourtant, j’aurais aisément pu le prévoir en réfléchissant un tant soit peu. Isaac Lawford sortait d’un milieu qui l’amenait à se conduire de la sorte. En vérité, nous sortions du même milieu. A la différence que je portais parfois un regard bien sévère sur ces marques de politesse qui se paraient d’une certaine forme d’hypocrisie chez certains. L’image de mon frère me vint expressément à l’esprit et je ne pu m’empêcher de serrer les dents. Je me détournai d’Isaac.

- Soit. Dans ce cas, il faut que j’aille chercher le livre en question. Il se trouve dans ma chambre. Nous aurons ensuite besoin d’accéder à la Réserve, il faudra enquérir Isobel à ce sujet et lui demander la clé. Sa chambre est adjacente à la mienne, ce sera rapide.

Mon regard se posa à nouveau sur Isaac, lui-même redressé à présent. J’avais accepté sa proposition sans aucune hésitation. Aveuglément même. J’attendais qu’il me le demande depuis plusieurs jours en fait. Il n’y avait aucune décision à prendre, j’avais déjà tranché ce fameux jour dans la forêt, où je lui avais avoué le contenu du dit bouquin. En y réfléchissant plus, cette confiance en Isaac datait de plus longtemps même. Elle datait de l’instant précis dans le salon de thé, cet instant, où je lui avais touché la main en lui avouant mon mensonge. En lui promettant de ne plus lui mentir. J’avais accordé ma confiance à cet homme bien trop facilement à mon goût. Et je craignais que cette confiance ne soit pas réciproque. Après tout, j’en savais bien moins sur lui que lui sur moi. Je frémis à l’idée qu’il ait entendu parler de l’Epouvantard de la Professeur de Défense contre les Forces du Mal. Assurément, l’histoire avait du susciter chez lui plusieurs questions. A moins qu’il ne s’en fiche tout simplement et que je me fasse des idées. Je lui lançai un regard fier et distant. Convenable aurait dit ma mère.

- Si vous le souhaitez, vous pouvez restez ici et flâner parmi les livres pendant que je passe au sixième étage. Habituellement Isobel ne laisse personne d’autre que moi, seul dans sa précieuse bibliothèque. Je marquai une petite pause avant de reprendre. Mais je suppose que sa confiance s’étend à ceux en qui j’ai moins même confiance.

Je lui avouai avoir confiance en lui. J’en étais bien consciente. Mais j’étais également consciente qu’en le faisant, cela ne lui donnait pas plus de pouvoir sur moi. Je trouvais plutôt que j’y gagnais. Ainsi, il penserait que je n’entretenais aucune méfiance à son égard. Ce qui était vrai, jusqu’à ce que je réalise ce fait. J’avais donc pu l’assurer de ma confiance en le fixant avec sincérité, tout en me faisant la promesse de ne pas la lui accorder en toute circonstance, sans réflexion préalable. J’avais dit la vérité, jusqu’à un certain point.

- Si vous n’appréciez pas cette solitude, vous pouvez m’accompagner bien-sûr. Je ne prendrai pas cela comme une marque d’indiscrétion.

Et, pensais-je en secret, pour une fois ma chambre n’est pas dans un désordre innommable. Je pourrais ainsi ouvrir la porte sans être terrorisée à l’idée qu’il aperçoive mon bazar. Je me demandais soudainement à quoi pouvait ressembler sa propre chambre. Certainement à un endroit plus net, propre et ordonné que je n’aie jamais eu l’occasion de voir. Je me sentis prise d’une curiosité incontrôlable. Tout en prenant la clé de la bibliothèque en me demandant si je devrais enfermer ou non Isaac s’il décidait de rester ici, je ne pu m’empêcher de lui poser une question assez inconvenante.

- Votre chambre ne se situe pas au sixième il me semble, non ? Je ne vous y ai presque jamais vu, il est impossible que vous y dormiez.

Je l’observais avec un intérêt que j’aurais mieux fait de ne pas dévoiler. Ce qui n’était qu’un élan de franche curiosité pourrait être mal interprété. Je me souvenais de son visage se rapprochant du mien… Pour rien au monde je n’aurais voulu qu’il me croie intéressée pour ce genre de raison. En tout cas pas seulement pour ça. En fait, ni pour cela, ni pour quoi que ce soit d’autre, car je n’étais pas intéressée à proprement parler de toute façon. Je gardais le livre hors de sa portée et le titre dissimulé à sa vue. Décidément, mes lectures ne l’aideraient pas à se faire une idée convenable de moi. Je caressai distraitement ma joue, ce qui se rapprochait plus de jour en jour à un tic.
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Isaac Lawford
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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Lun 29 Déc - 19:35


Mille gargouilles ! Les choses se précipitaient à une vitesse des plus alarmantes. Lavinia n’avait ni hésité, ni proposé de reporter l’entrevue à plus tard ; non, elle me suggérait de consulter le livre dès maintenant, sans attendre un instant de plus. Pire (ou mieux, je serais bien incapable de le dire) encore, elle me proposait de l’accompagner jusqu’à la porte de sa chambre le temps qu’elle l’y récupère. Enfin… du moins supposai-je qu’il s’agissait de la porte de sa chambre car, sinon, l’offre aurait largement dépassé les limites de la décence. Mais je me refusais à le croire : tout cela n’était que le produit de ma trop vive imagination et de mon esprit fatigué par une journée de travail. Il fallait que j’arrête d’y songer. Et pourtant… l’idée de m’approcher ainsi du lieu le plus intime qui soit pour Lavinia, du moins à Poudlard, suscitait en moins une appréhension, non pas supérieure, mais égale (quoique d’une nature différente), à celle que j’avais éprouvée en allant affronter le sphinx quelques jours plus tôt. Je ne me l’expliquais pas, ou plutôt, je ne me l’expliquais que trop, aussi chassai-je ces pensées en me concentrant sur les formes de politesse à mettre dans ma réponse :

- C’est fort aimable à vous, dis-je avec un large sourire. Et je suis très heureux d’apprendre que j’ai votre confiance, même si je serais bien incapable de vous dire ce que j’ai fait pour la mériter. Mais, puisque l’on parle de confiance, justement, je ne veux pas abuser de celle de Mlle Arrington… et encore moins vous mettre dans une situation inconfortable vis-à-vis d’elle. Et puis, je comprends qu’elle n’ait guère envie de me laisser seul dans un tel endroit : quand on a la garde de si précieux manuscrits, on ne prend pas sa tâche à la légère.

Je marquai un temps d’hésitation puis ajoutai :

- Ceci étant dit, je ne veux pas non plus m’imposer à vous… Etes-vous sûre que cela ne vous dérangera pas ? Oui ? Très bien, dans ce cas, je vous suis

La résistance était de pure forme : il était hors de question qu’un gentleman laisse une dame se promener seule dans des couloirs enténébrés tandis que lui-même se prélassait dans un fauteuil, et Lavinia le savait aussi bien que moi. Néanmoins, ce petit jeu m’amusait, aussi étais-je décidé à le mener jusqu’au bout.

Nous prîmes la direction de la sortie et, tandis que nous marchions entre les vénérables allées, je lui faisais la conversation d’un ton léger :

- Hum, oui, vous avez raison, ma chambre n’est pas située au même étage que celle de la plupart des autres professeurs ; en fait, dès mon arrivée, j’ai demandé au Pr. Dippet que mes appartements et mon bureau jouxtent ma salle de classe ; ainsi, je suis toujours disponible si un élève a besoin de moi en urgence, et puis cela me simplifie la tâche pour les cours du soir que je donne.

Sans compter, ajoutai-je intérieurement, qu’il y avait dans ma chambre une certaine malle à compartiments indétectables et contenant des documents assez particuliers que je ne souhaitais pas perdre de vue trop longtemps, même si je savais ses défenses infranchissables ; en effet, suivant un procédé similaire au sortilège de Fidelitas, seules les personnes qui savent que cette malle contient des compartiments cachés peuvent voir et manipuler ces derniers. Encore faut-il pour cela franchir les neuf serrures (enchantées pour résister à tous les maléfices) et dont je garde les clefs sur moi en permanence.

- C’est un choix que je ne regrette pas, poursuivis-je. Déjà, il m’amène près de la bibliothèque et des ouvrages d’Histoire contenus dans ma salle de classe…  et puis, je ne vous cacherai pas que depuis un, euh… un certain incident… incluant Mr Jenkins et Gunhilda, je suis définitivement convaincu de la nécessité de garder un œil attentif sur ses possessions matérielles.

Nous étions sortis de la bibliothèque, à présent. Tandis que je finissais ma dernière phrase, Lavinia referma la lourde porte et la verrouilla  avec l’énorme clef prévue à cet effet.

- Puisque nous parlons de Gunhilda et que notre chemin va nous faire passer devant ma chambre… dis-je d’un ton aimable, voyez-vous une objection à ce que je m’arrête un instant, juste le temps de la récupérer ? Je ne voulais pas qu’elle vienne dans la bibliothèque, mais puisque nous faisons cette petite balade inattendue, autant qu’elle en profite.

Avec l’accord de Lavinia, nous nous dirigeâmes donc vers mes appartements et, arrivés devant ma porte, nous nous arrêtâmes. Je l’entrouvris, passai ma tête dans l’encadrure et appelai Gunhilda. Celle-ci, qui somnolait vaguement près de la cheminée, se leva d’un bond et vint vers nous en remuant la queue, toute contente de cette promenade vespérale. Elle alla léchouiller les mains de Lavinia pendant que je refermais la porte.

- Nous y allons, ma chère ? demandai-je à ma consœur d’une voix aimable. Je vous suis.

Tandis que nous traversions couloirs et escaliers d’un pas relâché, je décidai d’aborder une question qui me taraudait l’esprit depuis un bon moment. Mais il m’allait falloir parvenir à la chose avec un minimum de finesse :

- Il a été porté à mon attention que vous n’avez guère eu à vous louer du comportement de mon neveu, lors de l’un des derniers cours des 4ème année… Il semblerait que ses performances face à l’épouvantard n’aient pas été des plus… reluisantes. Je vous avouerai que de la part d’un élève d’ordinaire plutôt doué, cela est un peu…décevant. Son père m’a fait savoir par hibou qu’il était très contrarié, je peux bien vous le dire, à vous.
« Mais bon… sans doute lui et moi avons-nous trop tendance à oublier qu'Alan n’est encore qu’un enfant ; il n’a que quatorze ans, après tout. Quand on y songe, il ne peut guère être blâmé : même certains adultes se retrouvent en fâcheuse posture lorsqu’ils sont confrontés à un épouvantard…

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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Jeu 1 Jan - 13:21

J’écoutais avec attention Isaac pendant que nous nous dirigions vers la sortie. Je prenais soin de mémoriser toutes les informations que notre bavardage me fournissait, prétextant pour moi-même une possible utilité future de ces renseignements. Mais au fond de moi, je savais bien que j’appréciais ces explications par pure curiosité. Une curiosité assez mal placée d’ailleurs ! Je me gardais de faire des commentaires sur ses propos pour ne pas l’interrompre. Mais je me demandais quand même quelle urgence un élève pouvait avoir pour déranger un professeur d’Histoire en dehors de ses horaires. Un doute sur l’orthographe d’un nom gobelinoïde peut-être ? Je retins avec difficulté un éclat de rire peu charitable.

Le rappel de la grossière prise d’otage du familier d’Isaac par Lian m’incita à me remémorer mes propres protections. Nul à part moi (et Isobel, j’avais été obligée d’étendre le charme à mon amie) ne pouvait pénétrer dans ma chambre en mon absence sans que j’en sois informée. Méphisto échappait à cette règle bien entendu. J’imaginais un instant qu’on puisse s’en prendre à mon chat. Déjà, le malheureux coupable regretterait surement d’avoir affaire aux griffes de Méphisto Phélès, petit diable noir. Ensuite, je me changerai de lui faire regretter jusqu’à sa naissance même. Personne ne peut s’en prendre impunément à ceux que j’aime. Une terrible pointe de douleur envahit mon cœur alors que je songeais à Alexander. Mes promesses étaient vaines, je n’étais même pas capable de me lancer à la poursuite de ses assassins. Je ravalai mon orgueil tout en refermant avec automatisme la porte de la bibliothèque.

Nous allâmes chercher Gunhilda, bien qu’il me semblait que la balade était un peu courte pour en valoir la peine. Néanmoins, pour un petit canin de la sorte, le trajet paraîtrait plus long. De plus, Gunhilda était toujours bien agitée, et elle dépensait sans doute énormément plus d’énergie que nous à parcourir les couloirs de Poudlard. De toute façon j’appréciais cet animal affectueux et loyal. Je lui rendis ses coups de langues par de douces caresses et quelques gratouilles derrière les oreilles. J’étais doublement heureuse de la voir, puisque cela m’avait donné l’occasion d’entrevoir la chambre d’Isaac. J’avais tout juste eu le temps de noter la présence en abondance de livres de toute sorte ainsi que le caractère irréprochable de la pièce. Tout était impeccablement propre, bien ordonné, jusqu’aux photographies parfaitement disposées sur le bureau. On aurait dit une pièce inhabitée qui attendait toujours de recevoir un occupant.

A partir de là je me dirigeais avec assurance et d’un pas toutefois mesuré en direction du 6ème étage et de ma chambre.  Chambre, qui n’était sans doute pas aussi bien rangée que celle d’Isaac malgré le temps que j’y avais consacré aujourd’hui. Je soupirai en me disant qu’au moins il y avait plus de naturel dans ma façon de vivre que la sienne. Sa chambre lui ressemblait. Comme tout ce qui avait trait à Isaac, on aurait dit un mensonge élaboré et trop parfait. Ce qui en venait à me faire penser qu’il ne cachait rien… Sinon il ne s’y serait pas pris de la sorte. Ce comportement était des plus suspects selon moi. Néanmoins, il pouvait s’agir d’une sorte de bluff. Mais je ne voyais toujours pas ce qu’il pourrait avoir à cacher à part lui-même et ses défauts. Isaac Lawford était tout simplement forgé sur le modèle de ces hommes qui s’appliquent à ne montrer qu’une image parfaite d’eux-mêmes. Et fausse bien souvent. Mais je n’avais pas encore trouvé d’accroc dans ce voile de perfection qui recouvrait son existence, alors ne pouvais statuer sur le vrai du faux.

Comme à son habitude dans nos discussions, Isaac me prit soudain tout à fait au dépourvu. Il me parlait tout à coup de son neveu, Alan Lawford et de ce fameux cours sur les épouvantards. Un frisson désagréable me parcourut. Si c’était ce sujet de conversation qu’Isaac souhaitait aborder, ce n’était pas pour rien. L’échec de son neveu devait lui peser tout particulièrement. J’avais déjà observé ce genre de déception de la part des parents de certains élèves. Je n’appréciai pas vraiment cette partie de mon travail qui consistait à converser avec des adultes au sujet de mes élèves. Mais parfois, elle était inévitable. Et en cet instant, j’espérais bien qu’il ne voulait parler que d’Alan.

« Vous ne devriez pas blâmer Alan pour ce qui c’est passé ce jour-là. »

Je croisai le regard d’Isaac et le soutins avec assurance.

« La première rencontre avec un épouvantard n’est jamais facile. De plus, tous les épouvantards ne se valent pas. Il est parfois plus dur de combattre une peur profondément ancrée dans le cœur d’un enfant qu’une peur raisonnable. L’épouvantard d’Alan était assez effrayant je dois dire. Et ce qui était le plus frappant, c’est qu’il ne correspondait à rien d’existant. Votre neveu a peur d’un monstre directement tiré de son imagination et qui le hante surement depuis des années. Rien n’est plus dur à combattre que ce qui a été crée par l’imaginaire. Alan n’est pas faible. Il a seulement eu une vie particulièrement protégée jusqu’ici. Il n’est pas habitué à affronter quelque chose d’effrayant et il se bat avec ses propres monstres puisqu’il n’en combat aucun dans la vraie vie. Sa réaction était au final assez prévisible. Mais elle ne présage en rien de son potentiel à mesure qu’il découvre le monde tel qu’il est et qu’il cesse de le regarder avec des yeux d’enfant surprotégé. »

Je ne me rendis compte qu’à cet instant de la portée critique de mes propos. Cela ne changeait rien à ce que je pensais, mais j’aurais peut-être pu présenter les choses d’une autre façon. Que penserait Isaac ? Que je l’accusais lui et sa famille d’avoir été trop protecteur avec Alan ? C’était bien le cas. Comme beaucoup de familles riches et de Sang-purs, leurs enfants étaient élevés avec l’idée que le monde leur était promis et leur appartiendrait, que leur supériorité les préparaient à tout affronter et que rien ne saurait mettre leur famille en danger. Seulement c’était faux. Et nombreux étaient les Serpentards (pas seulement, mais principalement) aussi vaniteux qu’incompétents. Je m’empressai toutefois de nuancer mon propos.

« Isaac… Je pense que nous voulons tous le meilleur pour ceux de notre famille et pour nos enfants. Alan n’est qu’un enfant... Un enfant qui n’a jamais eu à souffrir d’aucun manque. Ce n’est pas un mal en soi bien-sûr. Mais cela joue sur son caractère et sur le temps qu’il mettra à grandir. Poudlard doit lui faire le plus grand bien et je pense qu’il s’améliorera d’année en année à mesure qu’il prendra une certaine indépendance. »

Si vous ne le couvez pas trop ici aussi, me retenai-je d’ajouter. Quel manque de chance d’avoir un oncle professeur ! Comment le jeune Alan allait-il pouvoir commettre des erreurs et apprendre à les réparer seul, s’il avait toujours son tonton surprotecteur sur le dos ! J’aurais parié ma baguette qu’Isaac avait été au courant de l’échec de son neveu avant que celui-ci décide de lui en parler. Cette relation n’aiderait en rien le jeune Lawford à se construire.
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Isaac Lawford
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MessageSujet: Re: Inscription pour un pendule (fin mai 43), with Lavinia Black.   Jeu 1 Jan - 19:17


Lavinia ne s’était pas laissée prendre au piège que je lui avais tendu. Le contraire m’aurait déçu, à vrai dire, c’était presque mieux. Plus le jeu durerait, plus je me sentirais dans mon élément. Elle était cependant un adversaire plus coriace que je le croyais, il me fallait l’admettre. Elle avait retourné le problème de telle façon qu’elle sous-entendait maintenant que c’était en partie à l’éducation que lui avaient prodiguée ses parents – et, par extension, moi-même – qu’Alan devait son échec. Non seulement elle  m’empêchait d’aborder la question de son propre patronus, mais en plus, elle m’adressait un reproche à peine déguisé, à moi et, pire, à ma famille !

Seules deux choses me retinrent de lui lancer une pique vengeresse : premièrement, elle était une Black, elle traitait avec moi sur un pied d’égalité. D’autre part, et plus important… il me fallait reconnaître que j’étais plutôt d’accord avec elle : l’éducation de mon neveu nécessitait une reprise en main, reprise en main que j’avais d’ailleurs déjà entamée, mais qui était encore trop récente pour que les effets s’en fassent réellement sentir. De ce point-de-vue, j’étais plutôt de l’avis de ma consœur : l’incident de l’épouvantard lui avait montré que le monde n’était pas à ses pieds, ainsi que je le lui avais longuement expliqué l’hiver précédent, et, à ce titre, était assez salutaire. Cela posé, j’eusse tout de même  mieux aimé qu’Alan eût triomphé de son démon du premier coup, pour faire honneur à sa famille. Mais je ne considérais pas cet épisode comme un échec, loin s’en fallait.

C’est sans doute pour toutes ces raisons que je pus répondre à Lavinia par un sourire triste et un regard qui exprimait la gratitude que j’éprouvais devant le fait qu’elle ait si bien compris la situation. Mon mécontentement allait me servir, en réalité, j’allais le retourner à mon avantage.

- M’avez-vous entendu dire à un seul instant que je le blâmais, ma chère ? ne pus-je m’empêcher de la tancer d’un ton amusé. Surprise n’est pas reproche. Mais bon… Je poussai un soupir et regardai dans le vide, caressant distraitement Gunhilda entre les oreilles, dans l’absolu, je suis tout à fait d’accord avec vous. J’ai toujours dit à mon frère qu’il gâtait trop Alan. Et je ne me fais d’illusions sur la vision du monde que celui-ci a hérité de son enfance : il pense que la fortune de sa famille ne lui confère que des droits, pas de devoirs. Mais de cela non plus, je ne peux la blâmer, et ce pour une raison très simple…
« Mais vous savez, d’une part, je ne suis pas le père d’Alan, je n’ai donc pas la priorité en ce qui concerne son éducation et, d’autre part,  je ne le connais vraiment que depuis assez peu de temps, en fait. Je l’ai vu naître, c’est vrai, mais il n’avait même pas un an quand j’ai quitté l’Angleterre pour les Pays-Bas. Je ne l’ai revu que bien des années plus tard, à peu près quand il est arrivé à Poudlard. Je n’ai donc pas eu mon mot à dire dans son éducation. Mais je dois bien reconnaître qu’à la place de son père, j’aurais probablement fait preuve de plus de… sévérité.
« A la décharge de ses parents, cependant, il y a une raison pour qu’ils soient si protecteurs envers leur fils unique. Mais ce n’est pas à moi d’en parler. Et puis je ne peux que dire ceci : ils aiment Alan plus que tout. Peut-être qu’ils le « surprotègent »
- je fis en sorte que l’amertume fût bien perceptible dans ma voix -, mais… ils veulent bien faire.


Je fis une pause, autant pour réfléchir à ce qui allait suivre que pour laisser le temps à Lavinia de digérer tout ça. Ca, c’était pour Jefferson et son épouse. Maintenant, il fallait que je balaie les reproches dont je sentais qu’ils m’étaient adressés, à moi en particulier.


- Vous vous dites sûrement qu’avec son vieil idiot d’oncle moralisateur sur le dos, Alan ne risque pas de s’épanouir dans ce collège, repris-je en souriant doucement. Mais… croyez-moi, je fais tout ce que je peux pour le ramener à la réalité aussi souvent que possible. J’aimerais qu’il quitte sa cage dorée, exactement comme j’ai su quitter la mienne quand j’avais son âge. Mais il est vrai que mon père a toujours été plus dur avec moi que le sien ne l’est avec lui. Je suppose que cela ne l’aide pas non plus à prendre son envol… Je ne défends pas tout ce qu’a fait mon père, sans doute était-il trop froid, trop distant, mais… il ne nous a jamais laissé croire, à mon frère ou à moi, que le monde était à nos pieds. De cela, je lui sais gré, en plus de tout le reste.

Je me tus pour mieux reconsidérer mes dernières paroles. J’étais un peu surpris, je dois l’avouer : j’étais allé bien plus loin qu’escompté dans mon monologue. Je n’avais pas du tout prévu de parler de mon propre père ; tout cela m’était venu spontanément, pas sans réfléchir, mais que je l’aie prévu auparavant. C’était probablement la première fois que je parlais autant de ma famille à une personne qui n’en faisait pas partie. Mais je n’en éprouvais aucune gêne, aucun regret : j’avais à la fois dit énormément de choses et rien du tout. Au final, j’étais plutôt satisfait. Ce tour imprévu allait servir  mes plans.

Je n’avais pas honte de dire ce que je ressentais vis-à-vis de mon frère et de mon père, au contraire, je l’assumais totalement. Mais une certaine pudeur liée à mon éducation m’avait, jusqu’à présent, toujours retenu de le confier à qui que ce soit. Avec Lavinia, cependant, c’était différent : son opinion m’importait, il m’importait beaucoup plus qu’il ne l’aurait dû, mais ce n’était pas cela qui m’avait poussé à m’épancher. Non, ce qui m’avait, si j’ose dire, « décoincé », c’était le fait de savoir (je ne sais comment, d’ailleurs, appelons ça l’instinct) que, non seulement Lavinia ne me tiendrait pas rigueur de cette semi-confession, qu’elle ne verrait pas cela comme une nuisance ou une perte de temps, mais qu’en plus, elle voulait en savoir davantage. J’aurais été bien incapable de l’expliquer, mais je le sentais.

Et puis bon… Quelles que soient les circonstances, je ne perdais jamais complètement le nord non plus : il y avait un calcul derrière mes paroles : puisque je peinais tant à rassembler des renseignements sur Lavinia grâce à des informateurs extérieurs, il allait falloir que ma découverte de son passé se fasse de manière endogène. Or, si je confiais des informations sur ma propre personnalité, qui sait ? Peut-être cela la pousserait-il à s’exprimer à son tour. De toute façon, je ne lui avais rien confié de bien compromettant, et les choses que j’avais vraiment à cacher étaient si profondément enfouies que moi-même j’avais parfois tendance à les oublier, alors…

Nous étions arrivés au 6ème étage. Je me tournai vers Lavinia et lui souriai d'un air contrit.

- Mais je parle, je parle, je dois vous ennuyer. Excusez-moi. Pour une fois que je me laisse aller, il faut que ça tombe sur vous. Je suis désolé.

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